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Le contrôle au faciès en question
Écrit par Mariama Sene   




Les violences policières s’invitent dans le débat politico-médiatique après la violente interpellation de Théo Luhaka à Aulnay-sous-Bois. Ce fait de société relance sensiblement la question du contrôle au faciès, et les chiffres du rapport du défenseur des droits, sont tout aussi révélateurs d'une inégalité de traitement d'une partie de la population française.


Sur un échantillon de 5000 interrogés, on relève que 80% des personnes contrôlées au cours des 5 dernières années sont noires ou perçus comme étant maghrébines, contre seulement 16% du reste de la population.


Le plus inquiétant est que cette multitude de contrôles ne contribue en rien à la lutte contre la criminalité, car dans 95% des cas il n'y a aucune poursuite ou charge retenue contre le civil.



Le lointain principe déontologique qui repose sur la défense de " la veuve et l'orphelin" à tristement laisser place à un sentiment de méfiance et de résilience de la population française à l'égard de ses agents. Comment désamorcer la situation sans évoquer une réforme de la corporation, retoquer les méthodes de recrutement et d'affectation des agents.


Thomas GUENOLE, politologue aborde la thématique pour Bouge Mag!


- Comment peut-on expliquer que le contrôle d'identité ne concerne qu'une partie bien définie de la population ?


Le problème est purement structurel. En effet la politique du chiffre implique un mécanisme « du fait constaté » et « du fait résolu ». Le contrôle d'identité est pour la police un moyen de lutter contre l'immigration illégale "fait constaté"  et de cibler de manière assez automatique la population non blanche  lors de ces contrôles "fait résolu". Ce qui est complètement raciste d'une part et ne répond en aucun cas à une lutte contre l'immigration illégale ou à la criminalité d'ailleurs. Cette hypothèse n'a de plus aucun fondement car il n'y a aucun lien de causalité entre être en possession de ses documents d'identité et être un criminel. Une notion assez importante à retenir est que ces contrôles influencent sensiblement l'indicateur d'efficacité d'un commissariat et l'indexation financière qui en découle.



- Le contrôle d'identité doit répondre à un trouble à l'ordre public constaté, mais comme les chiffres le démontrent aucune suite n'est donnée. Peut-on envisager une autre alternative ?


C'est bien le principe de base du contrôle d'identité mais il est aujourd'hui inefficace de contrôler une personne qui, d'une part ne trouble pas l'ordre public et qui ne sait pas pourquoi cette injonction lui est faite de surcroît. Une mesure d'interdiction de contrôle si aucun trouble à l'ordre n'est observé, permettrait de mieux réguler la pratique. Cette mesure pourrait s'accompagner d'une sanction de l'agent pour manquement à son devoir pouvant aller jusqu'à sa mutation pour exemple. 



- Un politiquement correct Touche pas à ma police ?


En France, il subsiste une culture trop élogieuse vis-à-vis de la police décrite comme étant remarquable et efficace, sans jamais la remettre réellement en question. Prenons l'exemple du Danemark qui soumet des enquêtes de satisfaction ou d'évaluation à la population pour encadrer leur bonne entente. Il est devenu nécessaire et important de réinstaurer un dialogue et de remettre en question en bonne intelligence la corporation. Les syndicats de police doivent également se défaire du discours victimaire, qui soutient que le travail en banlieue se fait sous pression, que c'est un dur métier ou encore tenir des propos honteux à une heure de grande écoute. Le métier de policier demande maîtrise de soi et sang-froid, car quand un policier parle c'est l'état qui s'exprime. Ce qui remet par ailleurs en question les méthodes de recrutement des agents et leur lieu d'affectation. Un fonctionnaire tout juste diplômé venant de province aura du mal à trouver sa place dans un commissariat implanté au cœur de la banlieue parisienne par exemple. Pour faciliter l'intégration des nouvelles recrues sur le terrain, la présence d'agents plus expérimentés est importante pour encadrer et faciliter l'échange avec la population.




Depuis la violente interpellation de Théo LUHAKA de nombreuses vidéos de violences policières sont partagées sur la toile, un peu partout en France et dans d'autres pays. Peut-on filmer un contrôle d'identité d'un point de vue juridique?


Aucun texte de loi interdit de filmer une interpellation si celle-ci n'est pas l'origine du contrôle. Aujourd'hui, nous sommes pour la plupart munis de smartphone en mesure de filmer , de plus un agent ne peut vous interdire de filmer ou vous le confisquer dans ce cas de figure. J'insiste sur le fait que filmer un contrôle d'identité est légal si le téléphone en question n'est pas à l'origine de ce même contrôle. 




" Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants ? " de Thomas Guénolé Editions Broché













 
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